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29/05/2008: "Les origines du Syndrome des Faux Souvenirs"
Brigitte Axelrad a eu la gentillesse de nous soumettre ce texte sur le syndrome des faux souvenirs.
Bien plus qu'un témoignage, il constitue une véritable analyse historique des origines de ce trouble qui continue encore à détruire de nombreuses familles.
Afin de diffuser plus largement cet excellent article, nous lui avons demandé l'autorisation de le publier ici.
Il n’est pas facile comme le disent tous ceux qui s’y sont attelés ces dernières années de faire accepter par ses défenseurs l’idée d’une critique de la Psychanalyse et du Freudisme, même la plus objective et la plus nuancée qui soit.
Freud a verrouillé son système en énonçant son implacable concept de « résistance » selon lequel tous ceux qui critiquent la Psychanalyse sont victimes de la « résistance » de leur propre inconscient et prouvent par là même la vérité du système. Dès le départ, toute objection fut interprétée par Freud comme une preuve de sa théorie traitant cette objection de certains patients « quelque chose m’est arrivé maintenant, mais il est évident que vous l’avez mis vous-même dans ma tête » comme la preuve du déni de ce qui était réellement arrivé et la confirmation supplémentaire de sa théorie. » (R.J. MacNally Remembering Trauma, p.165)
Impossible de s’en sortir.
Tout examen critique est d’entrée de jeu invalidé.
J’ai moi-même pendant des années enseigné avec conviction le freudisme, et résisté aux critiques naïves et spontanées de certains de mes élèves qui finalement étaient plus clairvoyants que moi. Pourtant au fond de moi je sentais qu’ils devaient avoir raison en quelque chose mais je colmatais tant bien que mal la brèche.
Je suis même allée y voir de plus près, de l’intérieur, mais j’ai eu l’immense chance d’y être bien conduite. Il reste que j’en ai ressenti aussi les failles et les dangers.
C’est bien plus tard que j’ai enfin commencé à y voir clair dans ce qui a eu tant d’impact au 20ème siècle et a engendré parfois des catastrophes chez de nombreuses personnes et dans de nombreuses familles : le Syndrome des Faux Souvenirs.
La toute première origine de ce syndrome se trouve dans la théorie freudienne de la séduction et aussi dans son abandon ultérieur par Freud pour la théorie du Complexe d’Oedipe. La propagation de ce syndrome dans la dernière décennie du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui s’explique par les effets de ces deux théories successives qui donnèrent naissance au mouvement féministe aux États-Unis et inspirèrent quantité de psychiatres, psychanalystes, psychologues, et leurs dérivés. L’Angleterre, la France, la Hollande, la Belgique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. se sont trouvé touchées à leur tour par les « Faux Souvenirs » à plus ou moins long terme.
La théorie de la séduction de Freud
Il y a un parallèle entre la confession chrétienne et la psychanalyse : Freud avait un obsédant besoin d’arracher à ses patients des aveux sexuels.
Mais à la différence du prêtre, Freud utilisait pour le faire un ton impérieux et agressif plus proche de celui du procureur ou du policier.
Le cas de Dora en témoigne comme d’autres cas significatifs.
La méthode de Freud équivalait souvent « à écrire des confessions pour ses patients et à les convaincre de les signer. Mais le cas de Dora montre qu’en d’autres occasions il n’hésitait pas à écrire et signer lui-même des confessions au nom de ses patients » (Richard Webster, Le Freud Inconnu, p. 226)
Cette tendance de Freud est cruciale pour saisir la nature de la psychanalyse toute entière.
Freud partit de l’idée de Charcot que l’hystérie avait son origine dans un traumatisme et prétendit que la séduction était la seule cause de l’hystérie, des névroses obsessionnelles et de la paranoïa.
Tout ne fut réduit qu’à un seul type de traumatisme possible, une seule cause : les abus sexuels subis dans l’enfance.
La thérapeutique de Freud ne consistait pas comme il l’a prétendu à écouter des souvenirs spontanés d’abus mais à encourager ses patients à construire des scènes dont ils n’avaient aucun souvenir.
Freud écrit dans L’Etiologie de l’Hystérie (S.E. vol 3 p.204) : « Avant de venir en analyse les patientes ne connaissent rien de ces scènes. En règle générale, elles s’indignent si nous les avertissons que de telles scènes vont faire surface. Il n’y a que la plus puissante coercition du traitement qui puisse les amener à reproduire ces scènes. Alors qu’elles font revenir à la conscience ces expériences infantiles, elles subissent les sensations les plus violentes, dont elles ont honte et qu’elles tentent de cacher ; et même après les avoir traversées une fois de plus d’une façon aussi convaincante, elles tentent encore de refuser d’y croire, en soulignant le fait que, à la différence de ce qui se passe pour d’autres choses que l’on oublie, elles n’ont pas le sentiment de se souvenir des scènes. »
Notons bien ici que, selon Freud, ses patientes n’ont pas de tels souvenirs jusqu’à ce qu’elles se soient soumises à « la plus puissante coercition du traitement ».
Ce qui poussait Freud c’était de confirmer sa théorie, d’amener ses patients à « retrouver » le type de souvenir qu’il recherchait.
Quand un patient racontait spontanément un souvenir d’abus, Freud ignorait volontairement cet évènement comme facteur pathologique.
Il exigeait alors que son patient retrouve des souvenirs « refoulés » d’abus plus anciens. Les patients ne pouvaient ignorer ce qu’il fallait qu’ils retrouvent puisque lui-même le leur disait et les y contraignait.
Ceux qui ne retrouvaient pas de souvenirs d’abus dans la toute petite enfance donnaient justement ainsi la preuve de la réalité de ces abus et de leur rôle pathogène. Ils « cachaient » l’essentiel.
À aucun moment il ne semble être venu à l’esprit de Freud que la culpabilité de ses patients découlait non de ce qu’ils avaient réellement vécu mais de ce qu’il leur imposait de dire.
Freud stipula que ces abus sexuels de l’enfance avaient « un effet pathologique seulement si la victime supposée n’avait pas de souvenir conscient de l’épisode »
Cependant Freud avait affirmé que la sexualité ne s’éveille qu’à l’âge de la puberté.
Il sauva sa théorie en ajoutant que les abus sexuels affectaient le système nerveux mais qu’ils n’avaient pas d’effets immédiats à cause de l’absence de pulsion sexuelle durant l’enfance. Ces traumatismes étaient cependant emmagasinés dans la mémoire et les évènements physiologiques de l’adolescence les activeraient : « En raison des changements dus à la puberté la mémoire manifestera un pouvoir qui manquait complètement à l’évènement lui-même. La mémoire agira comme s’il s’agissait d’un évènement contemporain. Ce qui arrive est pour ainsi dire, une action posthume d’un traumatisme sexuel ». (S. Freud, L’hérédité et l’étiologie des névroses)
Cette théorie de la séduction dura deux ans et non quelques mois comme on l’a dit. Deux ans où Freud fut soumis à son pouvoir, cherchant à y soumettre ses confrères et à la recherche de sa propre renommée.
Puis il abandonna cette théorie. Il prétendra alors avoir été la victime des histoires fausses de ses patients : « Vous vous souvenez peut-être d’un épisode intéressant dans l’histoire de la recherche analytique, qui me valut bien des heures de désarroi. Dans la période où l’intérêt central portait sur la découverte des traumatismes infantiles, presque toutes mes patientes me dirent avoir été séduites par leur père. Je fus amené à reconnaître à la fin que ces histoires étaient fausses, et en vins à comprendre que les symptômes hystériques sont dérivés de fantasmes et non pas de faits véritables. » (S. Freud, Standard Ed.- vol 22 p.120)
Notons la contradiction entre ces lignes et ce que Freud avait dit avant. Il avait dit que ses patientes ne connaissaient rien de ces scènes avant de venir en analyse et qu’il attirait l’attention de ses patients vers des « idées sexuelles refoulées, en dépit de toutes leur protestations. » (S. Freud- Standard Ed. vol. 2 p 273). Ici il écrit que ses patientes le plongeaient dans « des heures de désarroi » en lui racontant qu’elles avaient été séduites par leur père.
Freud n’a pas été confronté malgré lui à ces récits spontanés de séduction des filles par leur père. Il avait insisté sur le fait que c’était lui qui avait induit ces récits par la suggestion, la persuasion, les encouragements, les intimidations et la coercition. Parlant de ses patientes Freud écrivait : « Il n’y a que le puissant impératif de la guérison qui puisse les amener à reproduire ces scènes. »
Et : « Nous (…) devons répéter la pression, et paraître infaillible, jusqu’à ce qu’au moins ils nous disent quelque chose. » (S.E p. 279) Jusqu’à ce qu’ils avouent. Parfois sur la base d’un seul rêve comme pour l’Homme aux Loups.
D’où le pouvoir de la suggestion, qui les amenait à dire ce qui était attendu. Jacques Van Rillaer, psychologue, professeur à l'Université de Louvain-la-Neuve en Belgique et aux Facultés universitaires Saint-Louis, constate : «Dans une psychanalyse, même si l'analyste ne dit pas grand chose, il influence puissamment l'analysant. [...] Il n'est donc pas étonnant que les personnes en analyse chez un freudien parlent surtout de sexualité, que ceux qui sont chez un lacanien finissent par faire tout le temps des jeux de mots, et que ceux qui sont chez un jungien voient des archétypes partout » (Bénéfices et préjudices de la Psychanalyse, Conférence du 22 mars 2007, invité par l’Observatoire Zététique, Grenoble)
La théorie du Complexe d’Œdipe
Freud abandonna la théorie de la séduction parce qu’elle ne fonctionnait pas, elle était un échec, incapable de mener selon ses propres mots « une seule analyse à une vraie conclusion » (Lettre à Fliess). Il avouait en même temps dans cette lettre que nombre de ses patients avaient tendance à s’ « éloigner ». Parmi les autres facteurs Freud incluait le fait que cela l’amenait dans chaque cas à accuser le père de perversion sexuelle. D’une part les méthodes de Freud étaient inefficaces, d’autre part elles risquaient en raison des accusations répétées contre les pères de tourner au désastre professionnel.
Les souvenirs d’abus qui surgissaient au cours de la cure n’étaient pas de véritables souvenirs mais étaient suggérés ou imposés aux patients par Freud lui-même. Il se laissa aller à écrire : « Je fus au moins obligé de reconnaître que ces scènes de séduction n’avaient jamais eu lieu, et qu’elles n’étaient que des fantasmes que mes patients avaient fabriqués ou que moi-même peut-être, je leur avais imposées. »(S. Freud. Standard Ed., vol 20 p.34)
Revenant vite sur cet aveu, il préférera toutefois aussitôt se présenter comme la victime d’histoires fausses qu’avaient voulu lui faire croire ses patients. Richard Webster écrit : « Avec sa théorie du Complexe d’Œdipe, Freud avait inventé un outil théorique parfait pour balayer les allégations d’abus sexuel d’enfants et miner leur crédibilité. » (p. 471)
Dans cette voie les psychanalystes eurent massivement tendance pendant tout le 20ème siècle à considérer les récits d’inceste avérés comme des fantasmes oedipiens et non comme des souvenirs.
C’est ce climat de scepticisme généralisé qui provoqua les réactions et les protestations des courants féministes aux Etats-Unis.
Pendant une quarantaine d’années, des femmes et des enfants eurent le plus grand mal à se faire entendre pour dénoncer les abus sexuels avérés dont ils étaient les victimes, ces récits étant qualifiés d’entrée de jeu de fantasmes et leurs auteurs de fabulateurs.
La théorie du Complexe d’Œdipe fonctionna bien comme « un outil théorique parfait » pour décrédibiliser les allégations d’abus sexuels des enfants. Ceux-ci étaient seulement victimes de l’Œdipe et fantasmaient des rapports sexuels avec leurs parents.
La rébellion féministe aux Etats-Unis et le Syndrome des Faux Souvenirs
Aux Etats-Unis, le déni massif tant parmi les hommes de loi que parmi les professionnels de la santé du vécu des femmes et des enfants victimes d’abus sexuels réels et avérés donna au Mouvement des thérapies de la Mémoire Retrouvée les conditions essentielles pour qu’il se développe.
Des livres apparurent tels que The Courage to Heal (Le Courage de Guérir) de Ellen Bass et Laura Davis, Bible des féministes ainsi que des groupes de thérapie « pour survivants de l’inceste ».
The Courage to Heal a souvent été attribué à une tendance anti-chrétienne comme tous les mouvements de renouveau spirituel à leurs débuts. En apparence on peut y voir l’expression d’une volonté de libération de la femme par les femmes, libération des tabous et des contraintes puritaines, libération du carcan de la famille et des liens parentaux. Pourtant l’hostilité envers la famille était au cœur du Christianisme primitif lorsqu’il n’était encore qu’une secte autour de Jésus.
On lit dans l’Evangile selon Luc ces paroles de Jésus : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Luc 14, 26) Paroles du fondateur d’une secte, le Christianisme se coupant par sa naissance du Judaïsme. Paroles implicites ou exprimées de tout fondateur de sectes, de leader messianique, de gourou et de psychanalyste des Faux Souvenirs.
Maintenant l’Eglise Catholique, ayant perdu son statut primitif, s’investit dans la protection de la famille.
Le mouvement féministe puisa son énergie première dans ce rejet des confidences des enfants et des femmes réellement abusés. Les femmes se rebellèrent contre ce déni. Rejetées par les psy freudiens orthodoxes, elles se réfugièrent auprès de thérapeutes qui acceptaient de les écouter et dans des thérapies de groupe pour survivants de l’inceste formés par des psychothérapeutes. Les premières personnes inscrites étaient des victimes réelles qui n’avaient jamais oublié les abus subis. Puis se joignirent à elles des femmes n’ayant pas de souvenirs d’inceste mais diagnostiquées par leur psychiatre comme souffrant de souvenirs d’inceste refoulés. Sous la pression du groupe et du psy des femmes au départ sans souvenir se mettaient à visualiser des images d’abus sexuels impliquant leur père ou d’autres personnes qui étaient ensuite interprétées comme des souvenirs ou des flash-back.
The Courage to Heal se donna pour mission d’aider les femmes sans souvenir d’abus sexuel dans l’enfance à trouver de tels souvenirs. Des centaines de milliers de femmes se sont alors « remémoré » des souvenirs de viols ou d’abus sexuels subis dans leur enfance. Les auteurs utilisèrent la crédulité des femmes : « Si vous pensez avoir été abusée et que votre vie en porte les symptômes, alors c’est que vous l’avez été. » Elles les poussèrent à la vengeance, à la confrontation, à la dénonciation de leurs bourreaux qu’ils soient parents ou grands-parents et même sur leur lit de mort. Suivirent les listes de symptômes « prouvant » l’existence des abus dont il faut pour guérir retrouver le souvenir. Richard Webster écrit qu’on n’a jamais jusqu’à aujourd’hui pu apporter « des preuves solides qu’un seul souvenir d’abus sexuel retrouvé en thérapie corresponde à de réels épisodes. On a en revanche abondamment prouvé que la mémoire (surtout la mémoire enfantine) est extraordinairement malléable et imprécise. » Il décrit avec clarté comment se propagea aux Etats-Unis le phénomène des Faux Souvenirs retrouvés en psychothérapie : « La croyance que les souvenirs refoulés d’abus sexuel dans l’enfance causaient les névroses les plus sérieuses, surtout chez les femmes, ne tarda pas à générer des groupes et des sous cultures de psychothérapeutes et psychiatres, dans tous les Etats-Unis. Cette fièvre gagna en premier des thérapeutes de la nouvelle vague, ceux qui utilisaient l’hypnose, des techniques de relaxation, le travail sur le corps ou des conditionnements émotionnels divers. Mais elle s’empara bientôt de psychiatres et psychothérapeutes formés à la psychanalyse de la vieille école, ainsi que de jeunes psychanalystes. On vit parfois des psychiatres réputés, et même des neurologues, embrasser l’utopie de la quête frénétique des souvenirs refoulés d’abus sexuels. Nombre de troubles psychiatriques dont l’étiologie restait obscure passaient à présent auprès de certains cliniciens pour être le résultat d’abus sexuels durant l’enfance. Des études sophistiquées furent publiées pour le démontrer… »
« Au milieu des années 1980, l’idée (désormais médiatiquement acclamée) que des millions de gens aux Etats-Unis souffraient de souvenirs refoulés d’inceste, alimentait une gigantesque machine thérapeutique à produire des faux souvenirs : des patientes et patients qui n’avaient jamais eu aucun souvenir d’être abusés, et qui le plus souvent consultaient un psychothérapeute pour un problème mineur, ne tardèrent pas à sortir de thérapie avec des « souvenirs » détaillés et vivants de la façon dont, enfants, ils avaient été abusés sexuellement, de façon violente et récurrente, voire rituelle. » (Richard Webster , Le Freud Inconnu, 481-482)
Ce diagnostic a été posé aux Etats-Unis avec une fréquence démentielle. Entre 1988 et 1998 plus d’un million de gens ont été individuellement concernés, des dizaines de milliers de familles se sont déchirées sur des allégations d’inceste « jaillies de ces « souvenirs » prétendument « refoulés » puis « retrouvés »
La soumission librement consentie, terreau de la manipulation mentale
Pour comprendre mieux comment l’être humain peut céder à la pression, à la suggestion, à la manipulation d’un psychothérapeute, qu’il soit psychiatre, médecin, diplômé, reconnu par ses pairs, installé dans l’institution ou qu’il soit psychanalyste, non médecin ou psychologue ou simple thérapeute autoproclamé, il faut se placer dans la perspective du besoin de soin et de guérison auquel aspire un patient fragilisé. Son aspiration à aller mieux le rend perméable aux injonctions du psy quel qu’il soit. C’est pour cela qu’il va le voir au départ.
La pierre angulaire de la manipulation mentale et de son succès c’est le sentiment de liberté que ressent l’individu dans sa soumission à l’autorité du psy. Celui-ci s’efforce de lui donner l’impression qu’il découvre par lui-même le sens de ses symptômes et leur cause dans des rêves ou des symptômes dont le thérapeute suggérera qu’ils sont produits par des souvenirs refoulés d’abus sexuels qu’il faut recouvrer pour aller mieux.
R-V Joule et J-L Beauvois, spécialistes de la manipulation mentale, ont analysé le processus par lequel une psychanalyse peut se refermer comme un piège sur celui qui s’y engage et dressent le portrait de la personnalité manipulable : « Avouez qu’il est déroutant de constater que l’individu, bien sous tout rapport, celui qui adhère à la plupart des normes du jugement tout en croyant d’ailleurs s’en départir, celui qui se sent libre, celui qui veut être consistant dans ses actes, celui qui trouve en lui-même les raisons de ce qu’il fait et de ce qui lui arrive… de constater donc que cet individu-là est incontestablement le plus manipulable. Que ce soit, aussi, cet individu-là qui ait le plus de chance de réussir dans la vie professionnelle et sociale de nos sociétés démocratiques a de quoi faire réfléchir. » (R-V Joule et J-L Beauvois , Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, 2002)
Ce passage est cité dans le livre de Fabienne Frémeaux Comment se faire arnaquer par son Psy. Le prix du Bonheur (Ed l’Harmattan 2007) qui décrit la psychanalyse lacanienne d’une femme douée d’une forte personnalité et d’un solide esprit critique mais qui « surmontant » ses doutes successifs s’est soumise pendant 3 ans à un psychanalyste manipulateur et destructeur qui lui a soutiré pour ce faire la somme de 80 000€.
Les motivations des Psy des Souvenirs Retrouvés en Thérapie
Nous sommes donc en présence d’un véritable phénomène de société dont nous pouvons repérer les origines dans la Psychanalyse telle qu’elle a été inventée par Freud, les causes, les effets, la propagation dans un contexte sociologique particulier et les dominantes personnelles qui en favorisent l’éclosion chez ceux qui en deviennent les victimes directes, c’est-à-dire les patients eux-mêmes.
Les psychothérapeutes qui pratiquent ce type de thérapie répondent à la demande d’aide de leurs patients de façon destructive. Sous prétexte de les aider, ils les amènent à détruire les liens familiaux authentiques, à salir leur propre image d’eux-mêmes et celle de leurs parents, à haïr ce qu’ils avaient aimé naturellement jusque-là.
Pourquoi font-ils ça ?
En toute bonne foi ? Peut-on être de bonne foi en même temps qu’irresponsable ?
Pour l’argent ? Pour le Pouvoir ?
Le professeur Raymond Tallis écrit dans Burying Freud (Lancet, 1996, march9) :
« La capacité jadis unique de Freud de suggérer à ses patients les faits exacts qu’il exigeait pour soutenir et réaliser ses théories fantaisistes, renforcée par son aura de sagesse, est maintenant disséminée parmi des centaines de milliers de disciples qui ne sont peut-être pas des psychanalystes, mais qui ont tiré de ses théories la croyance en l’importance centrale de certains types de souvenirs refoulés et à leur accès par le thérapeute. » [1]
Les motivations principales du psy des souvenirs retrouvés se trouvent peut-être essentiellement dans l’ivresse et dans la jouissance d’être le « canal privilégié » par lequel s’éveillent et s’expriment ces soi-disant souvenirs jusque là « oubliés », et dans l’euphorie d’avoir mis sous sa domination son patient. Mark Pendergrast cite Shauna Fletcher, l’une des « retractors » (ainsi désignée parce qu’elle est revenue un jour sur ses accusations) dont il raconte l’histoire : «C’est comme si j’avais vendu mon âme à cet homme. »
Olivia MacKillop et Robert Wilson, « rectractors » dirent tous deux : « Si cela m’est arrivé, cela peut arriver à n’importe qui. » (Victims of Memory 1995)
Les parents accusés vivent également une tragédie car ils ne savent pas que ces accusations portées contre eux par leur enfant sont des fabrications artificielles induites par des psychothérapeutes mégalomanes et destructeurs.
Que faire ?
En 1992 aux Etats-Unis de très nombreux parents se sont regroupés dans la False Memory Syndrome Foundation (FMSF) à Philadelphie. Le phénomène a été étudié par des Professeurs d’Université éminents tels que
- Elizabeth Loftus et Katherine Ketcham, The Myth of repressed memory, 1994, en français : Le syndrome des faux souvenirs 1997,
- Richard J. Mac Nally, Remembering Trauma, 2003
- Richard Ofshe, Making Monsters, 1994
- Mark Pendergrast, Victims of Memory, 1995, etc.
En Grande-Bretagne, la British False Memory Society (BFMS) a été fondée en 1993. D’éminents Professeurs dans ce pays ont apporté leur analyse du problème tels que
- Richard Webster, Freud was wrong, 1995, en français Le Freud inconnu,1998
- Raymond Tallis, Burrying Freud, 1996, pour ne citer qu’eux.
Il faut lire Fractured Families – The untold anguish of the falsely accused, qui présente 16 témoignages de parents faussement accusés par leurs enfants réunis par la BFMS en 2007.
En France, depuis une décennie des parents se sont rencontrés et ont pu échanger le récit de leur histoire de parents injustement accusés. Un site Internet a été créé en 2000. En 2005, l’association Alerte Faux Souvenirs Induits (AFSI) regroupe maintenant les parents accusés.
En 1995, R. Webster écrivait :« Les effets de ce type de thérapie ont été si massifs et déstabilisants que dans cent ans, sans aucun doute, historiens et sociologues y verront un des phénomènes les plus extraordinaires de l’histoire du 20ème siècle, et débattront sur sa cause. » (p 470)
En 2008, ce phénomène n’est pas éteint au contraire. Au début de son Editorial de la Newsletter de Mars 2008 consultable sur Internet, la BFMS écrit : « L’année semble avoir démarré à un rythme trépidant. Jusqu’à Noël nous avons vécu une période pleine d’espoir avec très peu de nouveaux cas pour finalement voir notre optimisme suspendu par une avalanche de cas depuis la Nouvelle Année. »
L’histoire de ce phénomène des Faux Souvenirs au 20ème siècle risque de s’étendre largement au 21ème siècle si l’on ne parvient pas à stopper sa propagation.
Rappelons que le Collège Royal des Psychiatres Britannique a interdit les thérapies des Faux Souvenirs en Grande-Bretagne...
En France, la résistance à la critique du Freudisme est telle que le mouvement d’analyse critique initiée aux Etats-Unis et en Grande Bretagne dans les années 90 contourne notre pays par la Belgique et la Suisse. La pensée conformiste est si pesante chez nous que les chercheurs ont encore du mal à être entendus.
Souhaitons que les psy des Faux Souvenirs prennent rapidement conscience du non-sens de leur pratique et de l’ampleur des dégâts humains dont ils sont responsables, afin qu’ils arrêtent leur travail de destruction.
Brigitte Axelrad
Professeur de Philosophie et de Psychosociologie
Notes
[1] : Raymond Tallis « Burying Freud » (Lancet, 1996, march9):
« Peu de psychanalystes sont aussi ouvertement psychopathes que Lacan, le disciple français le plus éminent de Freud, mais plusieurs n’hésitent pas à manipuler les affections et la foi de leurs clients pour recourir, encore, à leurs lucratifs remèdes de charlatans. La capacité jadis unique de Freud de suggérer à ses patients les faits exacts qu’il exigeait pour soutenir et réaliser ses théories fantaisistes, renforcée par son aura de sagesse, est maintenant disséminée parmi des centaines de milliers de disciples qui ne sont peut-être pas des psychanalystes, mais qui ont tiré de ses théories la croyance en l’importance centrale de certains types de souvenirs refoulés et à leur accès par le thérapeute. L’étendue des dégâts est récemment devenue évidente aux Etats-Unis, où, selon Crews, on a estimé que 1.000.000 de familles depuis 1988 [jusqu’en 1996] ont été touchées par des accusations d’abus sexuel inspirées par des thérapeutes qui les auraient soi-disant découverts en réveillant des souvenirs refoulés. Il y a des ironies particulièrement amères ici. Pendant ce siècle, comme l’indique Webster, nombre de femmes ont souffert immensément de l’orthodoxie psychanalytique, qui interprétait les épisodes réels d’abus sexuel comme des fantaisies oedipiennes. Aujourd’hui, le thérapeute omniscient arrive à persuader des individus qu’ils ont subi un abus sexuel pour lequel ils n’ont aucun souvenir. Le travail spéculatif irresponsable des thérapeutes du soi-disant souvenir résurgent porte atteinte non seulement à ceux qui n’ont pas été sexuellement abusés, mais menace aussi de discréditer le témoignage de ceux qui l’ont vraiment été. L’annulation arrogante du témoignage des gens ordinaires est partagée à la fois par le thérapeute freudien - qui dénie le véritable abus sexuel -, et par le thérapeute du souvenir refoulé qui allègue un abus sexuel dont la victime ne se souvient pas. »
[2] : Karl Krauss : « La psychanalyse est une passion non une science. Il lui manque la fermeté de l'investigateur. En fait, c'est précisément ce défaut qui singularise le psychanalyste. Il aime et déteste son patient; il envie sa liberté et son pouvoir, et son affaire est de ramener ses forces au niveau de sa propre faiblesse. Elle affirme que l'artiste sublime un défaut parce qu'il se sent incapable. La psychanalyse est, en réalité, un acte de revanche par lequel l'infériorité du psychanalyste est transformée en supériorité. Le patient tend naturellement à se soumettre au médecin. C'est pourquoi, aujourd'hui, n'importe quel idiot veut traiter son génie. Peu importe comment le médecin s'efforce d'expliquer le génie, tout ce qu'il arrive à faire est de montrer qu'il en est dépourvu. »