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25/11/2008: "Viticulture et biodynamie"
Fin octobre, depuis plusieurs années maintenant, la place Victor Hugo de Grenoble transformée pour l'occasion en village de toile et de verdure, accueille Le Millésime, un festival œnologique et musical. Pendant une dizaine de jours, mélomanes et œnophiles profitent d’une programmation raffinée qui charme les papilles et les oreilles. Au cœur du village vigneron, au son des concerts qui se succèdent, des viticulteurs partagent leur passion en faisant découvrir leurs vins. De nombreux ateliers permettent aux néophytes et aux curieux de s’initier à l’œnologie lors de dégustations pédagogiques. C’est ainsi (mais pas tout à fait par hasard) que Florent et moi nous sommes retrouvés un matin à la présentation du sommelier Hervé Pasquet intitulée « Vive la biodynamie ! ».
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le village vigneron (à gauche) et l'orgue à senteurs (à droite) pour s'initier à l'œnologie.
Sous une petite tente contenant une quarantaine de personnes, sagement assises un verre (vide) à la main, le sommelier, tout sourire, a commencé son exposé en nous avouant qu’il se soignait à l’homéopathie : « J’en consomme et je sais que cela me fait du bien ». Le parallèle ne nous a pas semblé très évident au premier abord mais Hervé Pasquet a laissé la parole à son ami et viticulteur utilisant la biodynamie pour nous l’expliquer. Ce monsieur, fort sympathique et non moins souriant, a lui commencé par déclarer : « On rentre en biodynamie comme on rentre en religion ». La croyance est-elle donc au coeur de cette agriculture ?
Effectivement, à travers l’exposé un peu confus du viticulteur, nous avons compris que la biodynamie, censée produire des « vins propres », se base sur des principes d’agriculture raisonnée et biologique (utilisation minimale de produits chimiques en particulier) auxquels elle ajoute des recettes « magiques » mais d’après les témoignages rapportés « qui marchent spectaculairement ». Ses principes ont été définis dans les années 1920 par Rudolf Steiner, le fondateur de l’anthroposophie, et sont empreints d’homéopathie et d’astrologie. Les préparations ajoutées au compost ou pulvérisées sur les plantes (en remplacement des engrais chimiques) sont des dilutions homéopathiques dynamisées obtenues à partir plantes, de quartz (silice) ou de bouse de vache introduite dans une corne enterrée durant plusieurs semaines*. Les traitements sont appliqués en fonction des « rythmes cosmiques et terrestres » et des influences astrales. Par exemple, pour se débarrasser des mulots, il faudrait brûler la peau d'un mulot au moment où Vénus est devant la constellation du Scorpion. Il suffirait ensuite de répandre sur les champs une dilution homéopathique dynamisée de ces cendres qui contiendraient « la force négative qui s'oppose à la force de reproduction du mulot ».
Le public perplexe (même après le troisième verre de vin biodynamique) a émis quelques critiques, vite balayées d’un sourire et d’analogies étranges : « La silice diluée et dynamisée transmet une information à la plante ? Oui, on utilise bien du silicium pour faire des ordinateurs ».
À la fin de la dégustation, le parallèle d’introduction avec l’homéopathie ne nous semblait plus si incongru : la biodynamie semble en effet être à la viticulture ce que l’homéopathie est à la médecine scientifique. Les utilisateurs valident les principes « magiques » d’après les résultats, qualité du vin d’un côté, bien-être de l’autre, ce que l’on appelle le sophisme du pragmatisme. Et l’expérience personnelle se substitue à l’expérimentation scientifique. Dans le cas de la biodynamie, « ça marche » peut-être tout simplement parce que cette technique exige que le viticulteur passe plus de temps à s’occuper de ses vignes qu’il sait fragilisées par l’absence de traitements (d’où le parallèle avec la religion car entre les préparations et les applications, c’est un véritable sacerdoce !). Cette hypothèse n’est en tout cas pas à exclure.
Certains penseront peut-être « Peu importe, buvons leur vin, il est bon ! ». Je ne sais pas, je ne suis pas suffisamment experte pour donner mon avis sur la qualité, mais la promotion de cette agriculture véhicule pensée magique et ésotérisme. Alors retenons surtout que dans "biodynamie", il y a "bio".
Géraldine Fabre
Observatoire zététique
* D’après le site www.biodynamie-services.fr :« On utilise 100 grammes de « bouse de corne » dans un minimum de 30 à 35 litres d'eau par hectare. Pour des parcelles inférieures à 10 ares (1000 mètres carrés) on utilise 10 à 20 grammes dans 5 à 10 litres d'eau et on pulvérise le tout. »

