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03/12/2008: "Les complètements alimentaires"

Le mois de novembre commence à peine est c’est déjà l’hiver qui pointe son nez dans nos pharmacies et grands magasins. Car pour faire face à cette période propice à la fatigue, au coup de pompe physique et intellectuel et autre surmenage, c’est bien connu : il faut un coup de pouce ! Celui-ci s’entend évidemment au travers des quelques centaines de produits stimulants, remontants et vitaminés disponibles en rayons. Ils empruntent la forme des médicaments : gélules, comprimés effervescents, solutions buvables, ampoules, etc.


Un complément alimentaire est, rappelons-le, une denrée alimentaire qui va compléter un régime ordinaire : vitamine, oligo-éléments, protéines, fibres… Il complète une alimentation lors de déficits transitoires liés en général à une mauvaise alimentation. En tant que denrée alimentaire, ces produits dépendent du code de la consommation et non de celui de la santé publique, ils n’ont donc pas besoin d’autorisation de mise sur le marché (A.M.M) contrairement aux médicaments. Pourtant leurs revendications ne manquent pas de prétention : « Renforce les défenses naturelles, aide à se sentir mieux, rééquilibre, harmonise, protége, tonifie, purifie, détoxine, brûle les graisses, draine, raffermie, limite le stockage des lipides et des glucides, etc. »
Ces compléments alimentaires et autres produits de régime sont quasiment toujours accompagnés d’allégations scientifiques : « démontré cliniquement, scientifiquement prouvé, testé sous contrôle médical, efficacité garantie, etc. ». Cependant, ces produits sont à des années lumière d’avoir prouvé leur efficacité ; ils représentent toutefois un marché bien lucratif qui dépasserait un milliard d’euros par an.

Dans son numéro du mois de novembre le magazine Que Choisir publie un étonnant article au titre évocateur : « Compléments alimentaires : sur un air de pipeau » et ne tergiverse pas sur l’efficacité de ces produits : tous bidon !
Cet article dénonce un discours pseudo-scientifique et rend compte du travail d’investigation concernant les compléments alimentaires avec une démarche pour le moins zététicienne.

L’article souligne le marketing douteux voire manipulateur qui prête souvent à confusion, d’abord en étant trop proche de la présentation d’un médicament. 60% de la vente des compléments alimentaires étant réalisé en pharmacie, ils bénéficient ainsi de l’effet d’autorité des pharmaciens.
Ces produits surfent également sur les différentes croyances populaires qui sont souvent sans fondement. L’idée reçue de l’efficacité de la vitamine C par exemple, pour améliorer le tonus ou lutter contre les infections bactériennes, est largement invalidée par de nombreuses recherches scientifiques.
Ensuite, c’est un étiquetage flou qui lui aussi prête à confusion. Par exemple, certains produits de vitamine C indiquent un dosage de 1000 mg - référence implicite au 1000 mg des comprimés d’aspirine et de paracétamol - de poudre d’acérola et ne détiennent en réalité que 120 à 180 mg de vitamine. Dans des dosages plus importants au delà de 500 mg par comprimé, c’est la notice qui conseille de prendre strictement ¼ de comprimé par jour, pour ne pas être sous le coup de la réglementation des produits vitaminés. À charge pour le client de bien lire la notice !
Enfin, l’utilisation habile du latin dans la liste d’ingrédients pour renforcer l’apparence scientifique : Pyrus malus et Petroselinum sativum font plus sérieux que pomme et persil !
De nombreuses substances sont ainsi utilisées moins pour leur réelle efficacité que pour ce qu’elles évoquent et les idées reçues qui leurs sont associées (produits naturels, traditionnels, etc.) : thé vert, guarana, orange amère, figues de Barbarie…

Pour vérifier les allégations des fabricants de produits « ligne et minceur » les plus vendus, les enquêteurs ont simplement demandé aux fabricants les études scientifiques sur lesquelles ils se basent pour commercialiser leurs produits afin d’étudier les différents protocoles et leurs résultats. Simple, non ? Et pourtant ! 4 fabricants n’ont rien communiqués. 8 fabricants fournissent des études biaisées. Celles-ci sont auto-référencées, c'est-à-dire que les auteurs se citent eux-même en ne faisant référence qu'à leurs propres travaux. De plus, les résultats des études (fastidieuses à lire) démontrent en réalité l’inefficacité du produit ou ne concernent qu’un seul ingrédient du produit. Les protocoles de tests sont souvent contestables : certains comprennent par exemple des régimes draconiens, des produits s’adressant à des personnes âgés sont testés sur de jeunes adultes ou des personnes en surpoids, des tests sont réalisés sur un échantillon de 20 personnes, les évaluations sont très subjectives (« sensation » de diminution des graisses par exemple), sans parler de l’absence de test contre placebo, de test en simple aveugle, etc. Bref, une méthodologie bien peu scientifique.

L’article rappelle les aspects fondamentaux attendus pour une étude scientifique pertinente sur ce sujet : Double aveugle, contre placebo, sur un groupe de la population ciblée par le produit, dans des conditions normales d’utilisation (sans régime draconien !) et surtout avec une méthodologie de test clinique éprouvée : entre autre avec des critères préalables d’évaluations, une significativité statistique des groupes, des descriptions des mesures, etc.

La conclusion de cet article est sans équivoque ; malgré des allégations d’efficacités prouvées par des études scientifiques, les compléments alimentaires et les produits de minceurs ont des effets quasiment nuls.
L’émission Service public sur France Inter, le mardi 4 novembre 2008, était consacrée au « Marché de la forme avant l’hiver : le business des produits antifatigue, compléments alimentaires, vitamines… ». L’émission revenait sur la publication du journal en invitant Fabienne Maleysson, enquêtrice pour l'UFC- Que choisir qui n’a pas manqué de réitérer les doutes sérieux de l’enquête quant à ces produits. Elle a en outre passé un véritable coup de gueule et dénoncé le sérieux des produits à visée « psychologique », entre autre sensés rééquilibrer l’harmonie pour des enfants qui rencontrent des problèmes affectifs et relationnels « Je mange bien, je suis sage, je suis tonique, je dors bien, je suis résistant. » peut-on lire sur une publicité. Fabienne Maleysson a également dénoncé l’argument « ça ne peut pas faire de mal », en faisant référence aux avis défavorables de l’AFSSA (l’agence française de sécurité sanitaire des aliments) pour de nombreuses substances contenues dans les compléments alimentaires et produits minceurs qui sont à l’origine de défaillances médicales, notamment à cause de surdosage. Cet aspect est traité dans son article.

Brigitte Lelièvre, responsable au Syndicat de la diététique et des compléments alimentaires était également invitée pour répondre aux doutes quant à l’efficacité de ces produits : cette dernière n’aura de cesse d’invoquer un travail au niveau européen sur l’évaluation des allégations des produits par un comité scientifique européen. Ce travail va aboutir sur un rapport 2010. D’ici là ? Rien à dire !
Enfin, l’émission a réalisé un reportage en micro caché effarant qui révèle les conseils d’un pharmacien pour un produit quasi magique : qui donne un coup de fouet toute la journée mais vous permet de bien dormir quand vous le souhaitez. Grandiose, à entendre !

Nicolas Gaillard
Observatoire zététique

À lire :
- Que choisir, n°464, novembre 2008.
- Dossier « Alimentation et santé » de la publication de l’AFIS (Association française pour l’information scientifique) Science et pseudo-sciences, n° 283, octobre 2008.

À écouter :
- Service public, « Marché de la forme avant l’hiver : le business des produits antifatigue, compléments alimentaires, vitamines… » France Inter, émission du 4 novembre 2008.

Pour aller plus loin :
- Des idées reçues sur de nombreuses substances alimentaires sur le site charlatans.info.
- L'article du blog Sens commun sur les arnaques des compléments alimentaires.


Réponses: 4 Commentaires



le Wednesday, December 10th, Yves a dit

Bonjour,

Vous mélangez un peu tout dans votre article sans distinguer les différentes sortes de compléments alimentaires. Il faut distinguer les produits chimiques (vitamines de synthèse mal reconnues par le corps) et les extraits liquides de fruits/légumes/plantes dont l'efficacité est incontestable (et qui évitent d'avaler plusieurs kilos de fruits/légumes pour leur être équivalent).

Je suis d'accord avec le fait que les gens devraient plutôt avoir une alimentation saine plutôt que de recourir aux compléments.

A mon sens, les compléments ne devraient être utilisés qu'en cas de faiblesse temporaire.

Cependant, j'estime qu'il y a quelques compléments utiles : la gelée royale, le pollen, la propolis et enfin l'acerola (mais lui préférer l'orange et le kiwi). J'oubliais l'extrait de pépin de pamplemousse, même avec toute la controverse qui tourne autour.

Richard va probablement sortir son panneau anti-girafes à propos de la prévention apportée par la gelée royale par exemple. Mais c'est en tout cas au moins aussi efficace que le vaccin anti-grippal qui est reconnu par le corps par 65% de la population vaccinée d'une part et qui se sert de vieux virus qui auront peut-être un lien avec celui de la saison en cours. Je lui préfère largement la "douteuse" gelée royale.

Étonnement (sauf pour moi), lors de mon dernier rhume (faut dire que sortir peu habillé est peu recommandé lorsque la météo n'est pas clémente) - avant ma cure de gelée royale - , je ne suis pas allé voir mon médecin (comment s'appelle-t-il au fait ?) : tout au naturel : HE d'eucalyptus, acerola, nigari (chlorure de magnésium), propolis et extrait de pépin de pamplemousse. Tout ça en bio bien entendu. Bon, c'est pas remboursé, mais au moins rien de chimique. Température et nez bouché était là, mais symptôme normaux d'un rhume : le corps fait son travail pour se débarrasser du rhume !

L'ordre des médecins va me tomber dessus si je dis aux autres de faire pareil, alors je ne le dis pas.

Yves



le Sunday, January 11th, tea32 a dit

Bonjour,
c'est la question que je me pose,
je cherche à prendre des compléments alimentaires, en particulier des poudres hyperprotéinées,
comme les whey, et je me pose la question si ces compléments alimentaires proviennent effectivement de produits naturels ou bien des produits issus des associations de molécules de synthèses comme ici http://www.santediscount.com/Complements-nutritionnels-l-50_51.html .
auxquel cas, où trouver des protéines d'origine naturelle.

cordialement



le Sunday, January 11th, nicolas a dit

Bonjour,
J'ai souhaité mettre en lumière dans cet article les allégations scientifiques de type "ça marche" des compléments alimentaires vendus dans le commerce et leur réalité.
Qu'ils soient naturels ou de synthèses ne change pas la démarche: il faut pouvoir prouver leur efficacité et leur intérêt. Je ne crois pas que cela soit si évident pour l'instant, et les nutritionnistes que je cite n'évoquent pas plus d'efficacité pour les produits naturels.
A part de rares exceptions de carence, ils préconisent d'abord une bonne alimentation avant l'aspect naturel (ou non) du produit.

Cordialement
Nicolas



le Wednesday, February 18th, Fred a dit

C'est clair, avant de prendre des compléments alimentaires, il est préférable d'avoir une alimentation équilibrée. Par contre, même avec l'équilibre, les aléas de la vie, du stress et des particularités de chacun, font que certaines personnes soient obligées d'avoir une supplémentation. Pour l'aspect naturelle, étude ou pas, je crois qu'il faut la privilégier. Les produits chimiques sont trop présents dans notre alimentation.
A+