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09/10/2009: "Jacques Salomé et la psycho-pop : l'Université Joseph Fourier redouble ?"
Jacques Salomé à l'Université : les théories pseudo-scientifiques du thérapeute ont-elles vraiment leur place dans l'amphithéâtre Weil de l'Université Joseph Fourier ?
Il y a deux ans, le 9 novembre 2007, invité par le centre Reliance, Jacques Salomé a donné une conférence à Grenoble. En soi, peu importait, si l'Université Joseph Fourier n'avait pas mis son plus grand amphithéâtre à disposition du thérapeute dont les méthodes ont moins à voir avec la psychologie scientifique qu'avec ce que d'aucuns appellent la psycho-pop, ou psychologie populaire, démagogique et teintée de New Age.
À l'époque, encadrant des cours d'esprit critique dans cette même Université Joseph Fourier, nous avions alerté les responsables universitaires sur le caractère sensiblement pseudo-scientifique des discours qui seraient tenus ce soir-là, dans ce haut lieu de l'Université. L'émission Les charlatans de l'inconscient, diffusée sur Canal+ en 2004 [1] et l'article du pédiatre Benoît Daron en donne une illustration [2].
L'information fut relayée, et il paraissait alors évident à nos interlocuteurs que les méthodes de Jacques Salomé, aussi plébiscité soit-il, ne pouvaient bénéficier de la caution scientifique que leur conférait la tenue de cette conférence dans un amphithéâtre du campus universitaire.
Aujourd'hui vendredi 9 octobre 2009, soit deux ans plus tard, nous découvrons avec stupeur que l'amphithéâtre Weil accueille à nouveau Jacques Salomé pour une conférence intitulée : « De la rencontre amoureuse à l'aventure du couple ».
Que s'est-il passé ?
L'Université de Grenoble, dont fait partie l'Université Pierre-Mendès France, compte pourtant parmi ses rangs d'éminents chercheurs et enseignants en psychologie. Ont-ils été consultés ? Les responsables de l’amphithéâtre Weil évaluent-ils la qualité scientifique des conférences avant d'en autoriser la tenue dans ce lieu symbolique ?
C'est parce que nous ne souhaitons pas que la place forte de la connaissance universitaire soit « bradée » que nous transmettons notre inquiétude.
Richard Monvoisin et Géraldine Fabre
Cortex (Collectif de Recherche Transdisciplinaire Esprit Critique & Sciences)
Notes :
[1] Extrait de l'émission « Les charlatans de l'inconscient » diffusée le 05 janvier 2004 à 22 h 40, montrant d'abord la presse New Age type Nouvelles Clés et Psychologies Magazine, puis le richissime J. Salomé faisant une démonstration de la "langue des oiseaux", technique de décryptage des mots par homonymie qui n'a aucun fondement thérapeutique. Outil zététique, éducation à la pensée critique.
[2] « Jacques Salomé, un imposteur ? », Docteur Benoît Daron, pédiatre. Article paru dans Dimanche, le 14.09.2008 :
Grande fut notre stupéfaction de découvrir dans le numéro 32 de "Dimanche" un long article sur le gourou de la communication : Jacques Salomé ! Son "credo" : l’hygiène relationnelle. Pour l’avoir connu personnellement et avoir pratiqué personnellement ses "séminaires", je peux en parler en connaissance de cause. En cela je rejoins maintenant le discours de ceux qui gardent encore le sens des valeurs morales d’un humanisme vrai.
M. Salomé est un personnage dangereux. Fossoyeur des couples, il est responsable de grands méfaits dans la sphère des familles ! Je veux en témoigner avec force en tant qu’homme, en tant que père et aussi comme pédiatre, confronté tous les jours à la détresse des familles et de certains enfants qui ne "reconnaissaient plus leurs parents", englués eux-mêmes dans un discours "nombrilipète" dévastateur.
Depuis des décennies, ce ténor du développement personnel ("Tous pour soi") a pour fond de commerce la fragilité et la souffrance humaine ! Ce businessman des sentiments, ce nouveau sorcier du bien être sait dire aux gens ce qu’ils veulent entendre. (…) Des thèmes porteurs : enfants, amour, relation à soi sont un boulevard pour ces charlatans qui tombent à point pour combler la grande soif contemporaine de sens et de repères.
Les vrais repères et fondements de la société que sont la famille, le couple, le respect sont balayés dissous par ces grands prêtres qui exhortent leurs fidèles à explorer, labourer, ensemencer un territoire : eux-mêmes. Quand Dieu s’est tu, que le "nous" est en crise, il n’y a plus qu’à croire en "je"… aventure exaltante, mais une plongée en abime dans le miroir.
Ces sorciers prescrivent un égocentrisme raisonné. Il faut beaucoup de talent pour convaincre dans un créneau désormais encombré, mais ce talent réside moins dans ce qu’ils ont à dire que dans la façon de l’exprimer. Raisonnant sur le seul mode de l’affirmation, ces mentors à l’ego surdimensionné croient aux vertus de leurs formules et de leur verbe. On peut lire dans ces phénomènes un effet pervers des rêves de libération de mai 68 et de la mouvance née sur les côtes californiennes dans les années 70. Les appels à la jouissance sans entrave ont dérapé dans la prose autoritaire et sans socle scientifique solide de ces marchands de bonheur. (…)
Compléments d'information :
- Notre article de 2007 :
Le Centre Reliance, association organisatrice de cette conférence, présente Jacques Salomé comme « psychosociologue et formateur en relations humaines ». Il faut dire que J. Salomé est le créateur d’une méthode appelée ESPERE® qui fait l’objet de succès de librairie plutôt surprenant. Le 9, il vient parler d’un de ses thèmes privilégiés, le « courage d’être soi ». devant un amphithéâtre de l’Université des sciences de Grenoble qui sera bondé - les 900 places sont déjà réservées.
Derrière les théories psychologiques de Jacques Salomé, qui sont psychologiquement simplistes, notre inquiétude porte sur le glissement vers ces discours de plus en plus répandus - et pas sans danger malheureusement - sur l’origine des maladies imputables à des « traumatismes » quasi-archéologiques qu’il faudrait aller déterrer de son passé, parfois de sa généalogie, pour en guérir. Ces théories, sans fondement avéré, font la fortune de la psychogénéalogie par exemple, ou de la « biologie totale ». Elles « décodent » les prénoms comme les maladies et affirment par exemple que « Valérie » signifie « valez rien », que « Denis » se rapporterait inconsciemment à « déni ». Voire que l’on pourrait souffrir de « migraine » (« demi graine ») en mémoire d’un jumeau mort. Fleuron de la pratique psychanalytique lacanienne, la « langue des oiseaux », consistant à lire dans l’homophonie des mots l’origine des maux, est présente également dans les enseignements de Jacques Salomé (« Ne plus habiter sur la planète Taire », titre un de ses ouvrages).
Alors évidemment, en lisant sur le site de Reliance qui fait la promotion de la méthode ESPERE® : « Et si le corps criait avec ses maux ce que nous enfermons dans le silence des mots ? » ou dans la présentation de la conférence de Jacques Salomé : « Entendre les maux comme des langages », nous nous inquiétons. Et nous pensons aussi à Claude Sabbah qui le 30 juin 2007 donna une conférence à la Sorbonne, bénéficiant ainsi du prestige de cette université pour en légitimer le contenu aux yeux du public.
Nous ne savons pas si Jacques Salomé flirte avec la psychanalyse lacanienne ou avec le décodage biologique de Claude Sabbah, mais plusieurs indicateurs titillent notre inquiétude.
Les enseignements de Jacques Salomé ont-ils un caractère pseudo-médical ?
Les gestionnaires de l’amphi Weil se sont-ils posés la question du crédit a priori qu’ils donnent à J. Salomé en autorisant la conférence à l’université (comme ce fut le cas pour C. Sabbah le 30 juin 2007 dans les amphis de la Sorbonne) ? L’amphithéâtre Weil a-t-il un œil sur les critères de scientificité des conférences qu’il accueille ?
- Claude Sabbah et la charlatanesque « déprogrammation biologique » à la Sorbonne, par O. Hertel, Une secte à l’université Panthéon-Sorbonne, dans le Nouvel Observateur du 17 juillet 2007 et dans Sciences et Avenir de septembre 2007.